Article de Marc ESCUDIÉ, sur le site quimper.maville.com du 25 novembre 2003:
« Biche : ses défenseurs sortent du bois
Le dernier thonier groisillon mis en vasière au Port-Rhu de Douarnenez. Faute de moyens pour restaurer le Biche, unité qui se délabrait depuis 1991, dans le bassin du port musée de Douarnenez, le conservateur avait décidé de laisser mourir le dernier thonier de Groix au cimetière de bateaux du Port-Rhu. C'était sans compter sans l'association morbihanaise des « Amis du Biche » et des charpentiers motivés par sa restauration. Lundi ils se sont installés à son chevet pour le consolider. L'histoire du Biche aurait pu s'achever au gré des marées, sur la grève de Pors-an-Eostig, cimetière de bateaux du Port-Rhu. Le dernier thonier groisillon à flot est acquis en 1991 par le musée du bateau, à une époque où la ville envisage la création d'un port-musée et s'engage dans une politique d'acquisition tous azimuts, sans tenir réellement compte des frais occasionnés par l'entretien de ces unités. Arrivé sous voile de Swansea, (Grande-Bretagne), le Biche rejoint alors une ria qu'il ne quittera plus. En 1995, année de la liquidation de la société d'économie mixte qui gère le musée, l'ancien thonier pourrit lentement à quai, comme de nombreuses autres unités. Pour les conservateurs qui se succèdent, le temps est venu de réduire la toile et la collection de bateaux à flot s'amenuise.
Un signe du ciel
Le Biche coule plusieurs fois, parfois par acte de malveillance et Pascal Aumasson, le conservateur recruté en 2001, constate que la coque est l'objet, « de très graves désordres ». La Ville, propriétaire, envisage une mise en souille et engage un travail de relevés au scanner, qui aboutira à la création d'ici à la fin de cette année, d'un CD Rom avec reconstitution du thonier en 3D. Devant cette mort annoncée, des défenseurs du patrimoine maritime se mobilisent, notamment dans le Morbihan, à Lorient et à Groix, et envisagent un rapatriement sur barge du dundee groisillon.
La ville de Douarnenez patiente une année, mais l'association des Amis du Biche, créée en juin dernier, n'a pas suffisamment de temps pour collecter des financements et le maire, Monique Prévost, fait savoir il y a quelques jours à son collègue de Groix Éric Regénermel que, « devant le réel péril » causé par le bateau qui menace de couler et d'entraver la navigation dans le bassin, la Ville à l'intention de profiter de la grande marée du 24 novembre pour échouer le Biche sur la vasière de Pors-an-Eostig. Levée immédiate de boucliers chez les défenseurs du patrimoine maritime. Dimanche après midi, une cinquantaine de Morbihanais et de Douarnenistes se massent sur les quais : ils ont l'intention de hisser le bateau sur une cale de Port-Rhu. La solution n'est pas envisageable pour le maire, qui craint la désagrégation à court terme du bateau : la police intervient et le commando doit quitter les lieux.
Profitant de la grande marée durant la nuit suivante, le conservateur du musée organise alors le transfert du dundee vers la vasière et le Biche est poussé par un remorqueur jusqu'à la berge du cimetière de bateaux. Apprenant la nouvelle, les défenseurs Mobihanais et Douarnenistes, parmi lesquels plusieurs charpentiers, se retrouvent sur la grève de Pors-an-Eostig lundi matin pour fustiger, « la restauration virtuelle » proposée par le port-musée et sauver l'unité à flot.
Le bateau ne s'est pas couché, ce qui représente, « un signe du ciel » pour Yann Mauffret, patron du chantier du Guip installé à l'île aux Moines et à Brest. L'entrepreneur, qui estime que la restauration d'un dundee en état de naviguer s'élèvera à un million d'euros, constate que si les superstructures sont détériorées, les oeuvres vives (sous la ligne de flottaison) sont en bon état. Dans l'après-midi, l'association obtient du maire de Douarnenez l'autorisation de consolider le bateau sur place et hier soir les bénévoles, qui ont toujours pour objectif un rapatriement à terme dans le Morbihan, s'employaient à stabiliser le Biche sur sa quille à laide de chaînes.
Marc ESCUDIÉ. ...»

Accueil