Intervention auprès des étudiants de l'UBS le 21 octobre 2008, Lorient.
ASSOCIATION « LES AMIS DU B I C H E »
Intervention auprès des étudiants de l'UBS le 21 octobre 2008
Patrimoine maritime _ Culture maritime _ Développement durable.
Ce sont là les éléments de votre étude de ce jour. Je ne doute pas que depuis ce matin vous vous êtes adonnés à un « brain storming » qui aura remédié aux difficultés dont Jean-Michel Le Boulanger me faisait part pour cerner ces sujets.
Mon ignorance m'autorise l'outrecuidance. Je prends donc la liberté de considérer que pour une fois nous ne sommes pas enfermés dans des doctrines étroites ou des définitions limitées. On sait d'ailleurs combien les dogmes, matérialistes ou non, se référant en général au « progrès » ont produit de vandalismes.
Pour en venir à notre sujet maritime notons que la vie humaine s'est pour une large part développée sur l'interface d'échange, et donc de navigation que sont les mers-et surtout les côtes-et leur annexes : fleuves, lacs et canaux, citons la Mare Nostrum, le Nil et la Mésopotamie'...Ce caractère humain des choses me permet une candide subjectivité dans les définitions que vous propose mon incompétence :
- Le Patrimoine c'est Avoir : ce qui m'appartient ou qui appartient à ma génération ET que j'ai envie de transmettre. Mehmet Ali ne considérait pas l'obélisque de Louksor autrement qu'un objet matériel. La révolution a dispersé à l'encan un patrimoine ahurissant, qu'on est révolté, c'est le cas de le dire, de retrouver dès qu'on visite le moindre château en Angleterre
- La Culture de même c'est Etre : la mienne et celle de ma génération, c'est ce que je suis, ce que je sais ou crois savoir, ou du moins qui m'intéresse ET que j'ai envie de transmettre... dans ce domaine Mehmet Ali était inculte, quelque politique et connaisseur du Coran qu'il pût être. Je ne parle pas de Pol Pot destructeur déterminé de la culture khmère.
Sans volonté de recherche et de transmission il n'y a ni patrimoine, ni culture, ni sans doute de civilisation c'est-à-dire d'art de vivre.- Le Développement, c'est Faire. Durable comme on dit aujourd'hui, il est lui aussi est tributaire d'une prise de conscience, et par là humain et donc subjectif. La connaissance intellectuelle et la recherche universitaire à propos du patrimoine et de la culture Egyptienne ont mis un terme au dépouillement de ces richesses et développé les études sur place au second XIXe (il en est allé de même au Parthénon ou à Pompéi, pillés dans un premier temps au nom de la conservation des objets).
Grâce à ce nouvel état d'Esprit, un essor économique « durable » existe autour de ces patrimoines égyptiens, de la culture égyptienne y compris dans ses évolutions contemporaines : archéologie actuelle, étude des arts gréco-romains et byzantins, jusqu'à la mise en valeur des felouques chères à nos cœurs de navigateurs.
Tout cela nécessite le moins possible d'aménagements, on sait aujourd'hui que le Lac Nasser comme le Hoover Dam dans le Colorado, ou les aménagements de l'Amou Daria asséchant la mer d'Aral sont destructeurs ou du moins néfastes dans des domaines inattendus ou plutôt méconnus, volontairement parfois, lors de leur conception.
Le bilan humain et économique du développement durable doit au pire être neutre c'est-à-dire que les inconvénients sur tous les plans ne doivent pas excéder (ou compromettre) l'essor de la communauté et de son environnement... vaste programme !
Pour nous résumer, la prudence, l'intérêt pour les choses en place peuvent faire le lit d'une économie mieux vécue et offrir une certaine rentabilité à moyen et surtout à long terme dans un cadre quotidiennement humain. Pour cela un seul moyen, celui que vous représentez ici : l'éducation visant en particulier cet art de vivre.Nous voilà loin de Biche Le thonier de Groix ? Certes non. L'action de sauvetage de ce bateau repose sur un substrat.
C'est celui qui anime depuis plusieurs décennies des entreprises comme le Chasse-Marée et les multiples musées, écomusées, centres de sensibilisation à l'environnement, associations ou fédérations qui peuplent, étudient et défendent le territoire et singulièrement les patrimoines côtiers en France comme à l'étranger...Les navires comme les plus infimes embarcations ont pour nous une valeur intrinsèque certes, mais surtout ils peuplent un environnement :
- technique, c'est le patrimoine
- humain, c'est la culture.
Sur le plan économique, celui du développement durable pour faire « simple » nous nous posons la question : qu'est-ce-que l'objet de notre travail peut apporter à la vitalité actuelle de la société ? La réponse se situe sur deux plans :
- Que notre étude contribue à éviter les erreurs du genre : on comble des ports pour faire des parkings obérant le devenir maritime et touristique. Citons le cas de Montluçon dont le caractère portuaire vous échappait jusqu'à ce jour je pense.
- Que notre action crée un regain de plaisir de vivre, d'animations, mais aussi de formation aux métiers, à l'environnement, et dans notre cas particulier aux navigations : conserver un espace portuaire, conserver un bateau c'est bien, l'étudier, l'animer et en jouir c'est mieux, encore une fois on rejoint l'art de vivre, celui de transmettre.
Un bateau, surtout un voiler est spécifique sur le plan patrimonial, en ce sens qu'il peut être autre chose qu'une relique statique. On peut l'animer, vivre et faire vivre ceux qui s'y intéressent.
Il est curieux de voir à quel degré le thonier à voile _ le dernier voyage au thon à la voile a eu lieu 1962 _ a ébloui les regards du premier XXe siècle et imprègne encore notre société : les maquettes merveilleuses ou complètement nulles peuplent les bureaux, bistrots restaurants et logements, les photographies, les gravures et les œuvres des plus grand artistes en fourmillent.
Pourquoi ? Parce qu'ils étaient de beaux voiliers, parce que c'était de bons voiliers et parce qu'ils servaient une pêche raisonnable, humaine.
Biche représente l'aboutissement dans les années 1935 de l'évolution du tracé, du gréement et des performances de ces dundées. Il fait partie de ces objets dont la perfection a acquis une sorte de valeur légendaire dans l'histoire de nos côtes et surtout de l'île de Groix.
Il représente l'art de la construction navale en bois à son apogée, ce genre de coque se conçoit peut-on dire en forêt et son achèvement relève de tracés savants. A cela s'ajoute l'art de la forge pour les pièces métalliques : ferrures, cadènes, colliers, guindeaux et l'art du gréeur et du voilier qui se perpétue dans la voile moderne avec des noms comme Le Rose ou Tonnerre.
Et puis vient l'art du marin, celui de la manœuvre, on entrait et on sortait de Concarneau, en général sous voiles par ses propres moyens.
La pêche enfin reste le but ultime, art tout en observation, intuition et finesse.
Enfin vient la vente, les centaines d'usines le long de nos côtes et dans nos îles, bref la vie de notre territoire atlantique.
J'utilise souvent le mot art en son sens noble entre tous qu'on utilise à propos des « arts et métiers » auxquels aucune capacité de Faire n'est étrangère.
Une succession de hasards, dont une extraordinaire histoire belge a amené ce bateau construit aux Sables d'Olonne en 1934, à Groix, à Ostende en 1956, de là en Angleterre et à Douarnenez au Port Musée dans les années 1990.
Les vicissitudes économiques de ce Musée n'ont pas permis de le maintenir en bon état. Par ailleurs, son classement comme pièce de musée le rendait inaccessible à l'intervention d'une structure associative visant à le remettre à la mer. Il ne fallait pas y risquer un tel bijou, c'était pourtant le seul moyen de mobiliser les gens et les moyens.
Dix ans plus tard, les autorités chargées de la conservation décident en 2002 de renoncer à l'entretenir et de le placer à la grève, au cimetière de bateau ce qui revient à le condamner.
C'est là que notre aventure commence avec Marc Maussion à qui je passe la parole après lui avoir refilé cet encombrant bébé.
Michel Philippe pour Les Amis du Biche.

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